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LE MONDE 11 February 2003 De l'Ecosse au mont Broken, Kurt Masur sert un Mendelssohn léger et puissant Marie-Aude Roux A la tête de l'Orchestre national de France, le chef allemand débute un cycle de cinq concerts consacrés à son compositeur de prédilection, au Théâtre des Champs-Elysées. Après un premier cycle consacré aux symphonies de Beethoven, Kurt Masur continue sa première saison à la tête de l'Orchestre national de France avec un cycle de cinq concerts entièrement dédié à Mendelssohn. "Mendelssohn est parfois tenu à l'écart, écouté avec condescendance, considéré comme un classique attardé parmi les romantiques", affirme-t-il dans un entretien accordé au musicologue Christian Wasselin. "Ce sont des idées reçues dont j'aimerais montrer qu'elles ne sont pas fondées." Ce goût de celui qui fut directeur musical du Gewandhaus de Leipzig de 1970 à 1996 pour son prédécesseur Mendelssohn, premier chef permanent du prestigieux orchestre leipzigois de 1835 à 1847, n'est pas nouveau. C'est son acharnement à le jouer et le défendre qui a sauvé de la destruction la maison de Mendelssohn à Leipzig et permis, en 1997, l'ouverture d'un musée. En ce vendredi 7 février, la salle du Théâtre des Champs-Elysées est presque comble. Masur vient à peine de baisser les bras, achevant la péroraison cadencielle du dernier mouvement de la Symphonie "Ecossaise" dans un murmure. La salle éclate d'une ovation unanime, après quarante minutes de tenue en haleine. Kurt Masur a enchaîné les quatre mouvements inspirés au jeune Mendelssohn de 20 ans par la vision des ruines du palais de Marie Stuart, visité comme il se doit au crépuscule, lors d'un séjour en Ecosse en 1829. De l'œuvre achevée treize ans plus tard, le chef allemand donne une version légère et puissante à la fois. Une manière de vivacité mélancolique, tissée d'une seule trame, qui se refuse aux effets et se meut dans un ambitus dynamique retreint, mais habité d'une vie démultipliée, privilégiant l'espace et la perspective plutôt que la masse ou le coloris. Et ça sonne magnifiquement. UN TEXTE DE GOETHE Galvanisé, transformé, l'Orchestre national donne le meilleur. Ne ratiocinant ni la rondeur des timbres ni le vivant du son, soignant les attaques, peaufinant les couleurs, ciselant l'articulation. En quelques mois, l'homme sans baguette a créé avec ses musiciens des liens tangibles, instauré un respect mutuel, mais, plus encore et plus rare, des rapports affectifs forts. Cela se voit, cela se sent, et surtout cela s'entend. C'est avec la rarissime Première nuit de Walpurgis (Die Erste Walpurgisnacht) que Kurt Masur a décidé de compléter son programme en seconde partie. Elaborée en 1830 sur un texte remis par Goethe lui-même au compositeur, cette ballade pour quatre solistes, chœur et orchestre sera finalement créée au Gewandhaus de Leipzig en 1843, sous la direction de Mendelssohn, suscitant l'admiration sans réserve de Berlioz, qui assiste aux répétitions. Elle met en scène la joyeuse arrivée du printemps et les différends qui opposent les nouveaux chrétiens, vainqueurs sans merci, aux tenants des anciennes coutumes druidiques germaniques lors des festivités cultuelles de la fameuse nuit du 1er mai, sur le mont Broken. Mendelssohn, issu d'une famille juive convertie au protestantisme, se fera un malin plaisir de railler le ridicule des chrétiens poltrons, défaits par les leurres fantasmagoriques de la nuit sacrée. A la tête du National, Kurt Masur soutient ses troupes avec vaillance. Du côté des solistes, le déséquilibre des parties ne permet d'apprécier ni la mezzo Brigitte Remmert ni la basse Kenneth Cox, trop peu sollicités. Il permet en revanche de constater que le baryton Stephan Genz (qui remplace David Pittsinger) manque cruellement de projection et chante en force, ce qui entraîne une intonation presque constamment basse. Ce n'est certes pas le cas du ténor puissant et bien chantant de Jorma Sivastri, lequel fait merveille. Quant au chœur, omniprésent, il n'aura ménagé ni son souffle ni sa peine, que ce soit dans le sentiment fantastique ou l'humeur épique. |


